La face cachée du château d'eau de la France
Les milieux thermophiles sont déterminés par un contexte chaud et sec. Ils sont favorisés par le climat général (climat méditerranéen, d’abri intra-montagnard, climat doux des bassins sédimentaires) et par les conditions locales (fortes pentes sur sols squelettiques exposées au sud). Moins le climat général leur est favorable et plus les milieux thermophiles se réfugient sur les pentes fortes exposées au sud. Inversement, si le climat général leur est favorable,la moindre pente ne retenant pas l’eau favorise leur présence. On les trouve donc à toutes les altitudes, sur tous les types de roches (y compris en montagne). La présence d’arbres tamponne les conditions d’humidité et d’ensoleillement local. Les milieux thermophiles sont donc plus facilement des zones rocheuses, des pelouses, des landes, des fourrés.
Un pari sur l’avenir : l’adaptation au changement climatique
Certains modèles climatiques nous prédisent qu’en 2100, Clermont-Ferrand aura le climat de Montpellier (projection issue du site Drias-climat.fr). Dans ce contexte, les milieux thermophiles ont deux intérêts principaux :
- Être la source des espèces qui peupleront l’Auvergne de demain,
- Accueillir les espèces provenant de Méditerranée et qui remontent vers le nord.
Les milieux thermophiles ont donc un rôle majeur dans l’adaptation aux changements climatiques.
Nos actions sur les coteaux thermophiles
- Le pâturage extensif constitue actuellement un bon compromis de gestion partagée des milieux thermophiles ouverts. Il permet de répondre au maximum d’enjeux socio-économiques (production agricole, limitation des incendies, maintien d’un paysage accessible pour les loisirs et la chasse) et écologiques (maintien de pelouses et de landes menacées, parcours de pré-bois avec beaucoup d’effet de lisières riches en biodiversité, maintien d’insectes rares et d’orchidées sauvages). Depuis 30 ans, nous contribuons à remettre en place du pâturage sur ces coteaux. Progressivement, une centaine d’hectares a retrouvé une vocation pastorale et de production agricole en Auvergne.
- La viticulture : les coteaux comprennent des parcelles de moindre intérêt biologique qui peuvent servir à réimplanter de la vigne conduite en agriculture biologique. La commune de Cournon-d’Auvergne a ainsi financé et coordonné la reconversion de cultures de céréales conventionnelles en vigne bio sur des parcelles lui appartenant. Une partie est consacrée à la production viticole, l’autre à l’implantation d’un conservatoire des cépages, inauguré en 2018. Né de l’initiative de la Fédération viticole du Puy-de-Dôme, il permet la sauvegarde de 20 cépages et 70 clones.
- Les arbres fruitiers : les milieux thermophiles constituent de solides alliés pour la préservation de variétés nécessitant soleil et chaleur comme les amandiers, abricotiers et figuiers. Plusieurs initiatives sont à souligner : préservation de nos variétés d’amandiers et d’abricotiers collectées sur le territoire dans un verger conservatoire installé sur le campus universitaire des Cézeaux ou encore la création d’un verger conservatoire de figuiers en partenariat avec la commune de Romagnat et l’association L’étonnant festin.
- La cueillette : la flore des pelouses sèches sur sols calcaires est parmi la plus diversifiée des prairies d’Europe, avec souvent une quarantaine de plantes différentes sur 30 m². On y trouve des plantes aromatiques, des plantes comestibles, des plantes à intérêt pharmaceutique. En 2019, il a été testé la production d’une tisane « Coteau de Limagne » à base d’Origan et de Thym serpolet. Cette opération vise à expérimenter la valorisation économique de la flore sauvage des coteaux de Limagne, dans une logique de cueillette durable dans des sites sans pesticides. Ce projet a été mené localement avec Happy plantes, jeune entreprise implantée à Volvic et spécialisée dans la production de tisanes bio et naturelles.
- La trufficulture : la production actuelle de truffes françaises est d’environ 50 tonnes par an. Elle est inférieure à la demande, ce qui nécessite des importations. Dans le contexte de l’augmentation de la demande de plantation, nous expérimentons depuis 2019 un itinéraire de truffière extensive permettant de concilier sur des espaces à forte biodiversité (Natura 2000) cette production avec la conservation de pelouse à orchidées.
- Le tiers paysage : entre les villes et les zones agricoles ou forestières exploitées, le paysage plus sauvage issu de la déprise agricole où la végétation évolue et s’adapte librement. Ces milieux embroussaillés de transition, souvent mal aimés, sont pourtant importants pour la biodiversité. Peu ou pas utilisés pour les besoins humains, ils offrent un espace de liberté pour la faune. Ce sont des forêts en devenir. Ces milieux sont de plus en plus pris en compte dans les documents de planification d’aménagement, notamment les plans locaux d’urbanisme, où la trame naturelle est représentée et a un classement particulier.
- L’accueil du public : ces cœurs de nature offrent également des paysages qui contribuent à l’attractivité et à l’identité des territoires : ce sont des lieux touristiques ou de promenade pour les habitants. Cela va de pair avec la préservation de ces espaces naturels et leur valorisation.
- La gestion des franges urbaines : une partie des coteaux secs de notre région est proche des villes, voire dans la ville, et la limite des constructions a parfois bougé au fil des décennies en grignotant les pentes des sites. Les plans locaux d’urbanismes s’approprient de plus en plus ces enjeux et intègrent des actions autour des franges urbaines, répondant au besoin d’insertion paysagère et écologique des constructions sur les pentes. Des actions concrètes commencent à être menées pour travailler un aspect moins tranché du passage ville /nature, en développant des espaces « tampons » de jardins ou vergers et en travaillant sur les barrières physiques de bout de parcelles bâties (préférer des haies diversifiées et locales aux murs de parpaings).
Et demain, la place des coteaux secs ?
Nous explorons différentes pistes actions autour des milieux thermophiles :
Le pâturage avec un berger itinérant
La création d’un troupeau itinérant gardé par un berger et déplacé sur plusieurs sites est actuellement une piste de travail pour augmenter le pastoralisme des secteurs isolés.
Outre les gestionnaires de la Chaîne des puys qui font déjà appel à ce système, les coteaux thermophiles de Limagne et les francs bords du val d’Allier (projet Pasto’Loire) pourraient aussi en bénéficier. Ce type de système nécessite un appui financier dela collectivité.
La valorisation du Robinier
Le Robinier faux-acacia est considéré à la fois comme une espèce invasive et comme un bois utile naturellement résistant en extérieur (classe 4, sans traitement). Une meilleure utilisation des produits de coupes de cet arbre doit être recherchée (bancs, piquets, marches, etc.) dans une approche d’économie circulaire.
La récolte de graines sauvages pour végétaliser des zones de travaux
Une filière labellisée « Végétal local du Massif central » se met en place pour pouvoir fournir des semences de plantes sauvages adaptées à la restauration de zones de travaux. Cette démarche nationale se traduit notamment par l’acquisition avec l’aide de la Région Auvergne-Rhône-Alpes de matériel spécifique de récolte et de nouveaux itinéraires techniques de tri, séchage, semis, distribution. Des essais ont été réalisés en 2022 sur le coteau de Gergovie.
La libre évolution de la végétation
Le changement climatique oblige à mieux prendre en compte les deux dimensions de temps et d’espace dans la gestion des sites. La préservation d’espèces patrimoniales doit progressivement laisser plus de place à la libre évolution des milieux. Cette option de gestion par non-intervention laisse la capacité aux espèces de s’adapter aux changements et favorise le retour des forêts thermophiles, futurs îlots de fraîcheur. C’est un juste équilibre entre gestion et libre évolution qui doit s’opérer pour favoriser la résilience des milieux naturels !


